jeudi 31 mars 2011, par
Je reprends, sans le modifier, ce texte écrit en 2005 et publié dans "L’épopée des civilisations" (Eyrolles 2006) pour donner un arrière-fond à mes deux précédents articles sur les révoltes arabes.
A l’époque, personne ne pouvait prévoir :
Le sort des pays arabes est loin d’être scellé, mais quel que soit leur avenir, le monde arabe change et les dictatures n’y seront plus à l’abri.
Sommaire
LA SOCIETE
LA RELIGION
LA GUERRE
L’ECONOMIE
LE POLITIQUE
LA SOCIETE
Le monde musulman
Il y a aujourd’hui environ 1,1 milliard de musulmans dans le monde, dont à peu près un cinquième d’Arabes, répartis sur un espace qui va de l’ouest de l’Afrique à l’est de l’Asie. Les musulmans se répartissent dans des pays orientaux, africains, turques, perses, indiens, asiatiques. Il y a également d’importantes minorités musulmanes en Europe : marocaine en Espagne, pakistanaise en Angleterre, maghrébine en France et turque en Allemagne. Mais le centre de gravité démographique de l’Islam se situe aujourd’hui en Asie, et l’Indonésie est le plus grand pays islamique du monde avec presque 200 millions de musulmans. Malgré un ralentissement global, la croissance démographique de l’Islam reste une des plus élevées du monde. La richesse des pays musulmans connaît de fortes disparités liées au pétrole, et leur développement économique connaît de graves difficultés dues à un ensemble de facteurs historiques, culturels, religieux et, plus globalement, à un rapport difficile à la modernité qui s’explique par la persistance de traditions non actualisées, non modernisées à l’instar de l’Asie ou de l’Inde.
L’identité culturelle de la civilisation musulmane est d’abord fondée sur une base religieuse avec le Coran, les Cinq Piliers de Foi, les principaux commandements du Coran, et la Charia, le droit musulman issu de l’exégèse coranique. Cette tradition comprend également de nombreuses doctrines. Sur le plan militaire, une conception de la Guerre Sainte et une tradition du terrorisme lui ont permis de battre l’URSS en Afghanistan et de terroriser l’Occident avec ses attentas suicides. Sur le plan économique, sa doctrine est fondée sur un idéal communautaire de justice sociale qui doit régir l’Oumma, la communauté des croyants. Son modèle politique et théocratique, le califat, est censé avoir été abandonné au début du XXe siècle mais, d’une part, il est encore fortement ancré dans les mentalités politiques et, d’autre part, il revient en force en tant que projet politique des groupes intégristes. Tous ces aspects de la civilisation musulmane s’agrègent dans une logique de la fusion qui, pour les médias occidentaux, fait aujourd’hui de l’Islam la principale force de déstabilisation de l’équilibre mondial.
En effet, après la Seconde Guerre Mondiale, le monde musulman connaît une série pratiquement ininterrompue de guerres qui commencent dès 1947 avec le conflit israélo-arabe, jusqu’au conflit irakien de 2003 ; une série tout aussi ininterrompue de mouvements terroristes depuis les attentats palestiniens des années 1970, jusqu’à ceux d’Al Quaïda des années 2000 ; enfin, une montée des mouvements intégristes depuis ces mêmes années 1970 et la révolution théocratique de Khomeyni en Iran en 1979. C’est pourquoi, dès les années 1990, après la chute de l’Union Soviétique, le monde musulman apparaît comme un facteur majeur de déstabilisation. Le débat actuel porte sur la question de savoir si la théocratie, l’intégrisme, la guerre sainte et le terrorisme sont des aspects consubstantiels à l’Islam, annonciateurs d’un choc de civilisations, ou si, au contraire, malgré une crise de transition momentanée, les pays musulmans sont en train d’entrer dans une période de modernité où l’Islam pourra sécréter ses propres formes de capitalisme et de démocratie. Les pays musulmans sauront-ils retrouver la grandeur et l’ouverture qui a fait de l’Islam la principale puissance mondiale du VIIIe au XIe siècle ? La civilisation musulmane contient tout les ingrédients pour une telle Renaissance.