lundi 11 mai 2009, par Bernard Nadoulek
En bref, si vous avez perdu votre emploi et qu’après une courte période de chômage vous n’ayez comme perspective qu’une survie précaire dans un bassin d’emploi sinistré, vous devrez vous plaindre poliment, même si vous savez d’avance que vos plaintes ne serviront à rien. Dans tous les cas, il serait très malséant de dénoncer une crise qui résulte de l’avidité financière des plus fortunés, et plus encore de se livrer à des actes de révolte illégaux.
De qui se moque-t-on ? Il faudrait remercier peut-être ? Ou même encore se taire comme aux Etats-Unis, et laisser les banques, et autres institutions financières fauteuses de crise saisir votre maison après avoir dilapidé votre retraite en spéculant. Puis il ne restera qu’à attendre la prochaine bulle, où l’on saisira vos derniers sous-vêtements en vous qualifiant de looser.
A ces Anglo-Saxons, les premiers à ironiser sur la tendance française à faire grève à tout propos, je réponds : on a raison de se révolter, c’est comme cela qu’on invente la liberté en 1776 aux Etats-Unis et en 1789 en France ! Aux élites françaises qui appellent à l’ordre, j’affirme que c’est parce que les Français refusent la fatalité et luttent contre les injustices qu’ils sont un grand peuple. Aux grandes entreprises qui se plaignent du durcissement des rapports sociaux et des conflits, je dis que c’est parce que les Français sont animés de cet esprit de résistance, qu’ils sont également capables d’être parmi les meilleurs dans le monde en termes de productivité et de motivation quand on les traite correctement.
Il y a des raisons d’avoir peur : 2,5 millions de chômeurs, dont 250 000 entre janvier et mars 2009 et ce n’est pas fini. Mais il y a aussi des raisons de se battre, y compris avec une violence que nul ne peut sérieusement qualifier de délinquante. C’est cet esprit de révolte légitime et d’indépendance critique qui prépare le rebond de la société française.